A propos

Depuis plusieurs années, les sages-femmes qui pratiquent les accouchements à domicile (AAD) en France sont exposées à des sanctions disciplinaires particulièrement sévères. En 2022, plus de 10% des sages-femmes qui pratiquent des AAD ont subi une procédure menée par l’Ordre des sages-femmes.

Certaines sages-femmes estiment ne pas avoir pu se défendre correctement.

D’autres pensent qu’elles ont été sévèrement jugées en raison de partis-pris anti AAD largement répandus en France. 

Les radiations des sages-femmes AAD françaises ont un impact fort sur plusieurs plans. Elles réduisent le nombre de sages-femmes pratiquant les AAD en France, et, représentant une menace, elles dissuadent les nouvelles sages-femmes de pratiquer ce mode d’accompagnement. Ceci ne permet pas aux femmes d’exercer leur libre choix quant au lieu d’accouchement faute de trouver des professionnel-les en exercice.

Ces radiations plongent les sages-femmes concernées dans un abîme, les exposant à des difficultés financières pour payer un avocat, à une perte de leur statut économique et social, à un départ anticipé à la retraite pour certaines avec diminution de leur pension, à des problèmes de santé physique et psychique comme les dépressions.

L’Association de Défense de l’Accouchement à Domicile, dont l’une des missions est de soutenir les sages-femmes libérales qui souhaitent pratiquer les AAD, présente dans ce site des portraits de sages-femmes radiées ou inquiétées par l’Ordre. Les portraits sont l’œuvre de Myrtille Visscher, photographe. Ils sont accompagnés d’un enregistrement audio dans lequel la sage-femme raconte librement l’histoire de sa procédure. 

Ce projet est entièrement financé par les dons de personnes se sentant concernées par la question des naissances à domicile en France (parents, sages-femmes, etc…). Pour qu’il puisse se poursuivre et que de nouveaux portraits soient diffusés, nous avoir besoin de votre soutien !

Portraits

Myrtille Visscher

Myrtille Visscher est une photographe franco-néerlandaise née en 1985 à Toulouse, diplômée des Beaux-Arts de La Haye en photographie documentaire en 2008. Elle est depuis 2013 membre du collectif de cinéastes Les Zooms Verts. Depuis plusieurs années, elle développe des travaux documentaires alliant photographie, son et dessin. Elle s’intéresse aux manières non-conventionnelles de vivre et d’habiter le monde d’aujourd’hui et de demain, en France et en Europe.

Myrtille Visscher portrait

Au début de cette expérience, il y a une amitié.

Une amitié pour des sages-femmes qui accompagnent, entre autres, des accouchements à domicile.

En les suivant pendant leur travail, j’observe leur dévouement, leur altruisme, leur respect pour l’intimité, leur écoute des besoins de chacune et de chacun, si divergents soient-ils. Elles sont pour moi un important exemple d’humanité. J’éprouve de l’admiration et de la gratitude pour leur engagement dans le soin à l’autre. Elles défendent des droits sociétaux importants, comme la possibilité de donner naissance à domicile, et réclament que l’État et le corps médical protègent et donnent les moyens d’exercer ce droit.

Or, de leurs parcours et de leur parole, ressortent nombre d’obstacles. Tant d’entre elles sont freinées ou empêchées d’exercer leur activité. Les décisions prises à leur encontre leur semblent profondément injustes. Ces décisions sont-elles prises au nom d’une conception hygiéniste de la société ? Sont-elles causées par un patriarcat oppressant ? Comme si leur volonté d’autonomisation de la femme enceinte faisait peur. Les attaques qu’elles subissent ne leur semblent permettre ni de sécuriser ni d’améliorer la qualité de l’offre de soin. Au contraire cela risque d’appauvrir le paysage médical et social déjà si souffrant, et de priver tout le monde d’une diversité de choix et des bonnes conditions pour se l’approprier.

À partir de juin 2021, je vais à la rencontre de sages-femmes accompagnant des accouchements à domicile, jugées par l’Ordre des Sages-femmes en France. Elles ont été radiées ou suspendues de leur activité. Nous passons plusieurs jours ensemble, chez elles, pour se rencontrer en confiance, pour prendre le temps de construire un lien. C’est ce temps long et précieux qui me permet de faire un portrait photo et d’enregistrer avec soin le témoignage de chacune d’elles. Elles racontent leur parcours et les procédures, elles reviennent avec courage sur des expériences déroutantes. Ces images et ces paroles voudraient contribuer à ce qu’au lieu des peurs et de l’incompréhension, grandissent la confiance et la reconnaissance pour ces sages-femmes si dévouées à être là quand on a besoin d’elles.


Je remercie vivement les sages-femmes que j’ai rencontrées pour leur participation à cette expérience, pour leur confiance et pour leur force, pour leur partage. Merci aussi à toutes celles et ceux avec qui nous construisons ce travail pour le rendre visible ; merci pour tous vos soutiens financiers en aide aux sages-femmes en cours de procédure ; merci à vous qui contribuez à diffuser la parole des sages-femmes radiées.

Myrtille Visscher, photographe indépendante.